J'ai appris son décès ce matin à 54 ans... C'est un pan de ma jeunesse qui s'effrite. En 1982 il avait sorti cette chanson splendide Louise, qui m'avait beaucoup touchée. J'avais acheté le 45 tours que je me passais en boucle.

berliner

L'histoire de cette jeune servante auvergnate qui voit son amoureux partir pour les tranchées d'où il ne reviendra pas, chantée d'une voix émouvante sur une musique lente, semble un peu nostalgique et vieillote, voir bigote, mais si on écoute bien les paroles c'est un véritable brulôt contre l'hypocrisie petite-bourgeoise de l'époque, contre la guerre, et un hymne à l'amour, à la liberté d'aimer et à légaliser l'avortement...  Le tout sans cri, sans musique violente qui déchire les tympans pour crier sa rage, preuve qu'on peut dénoncer de façon poétique et sans cracher sa haine...

Cette chanson me fait penser au film Reviens moi  (Atonement) (et au livre de Ian McEwan Expiation qui l'a inspiré), même s'il ne s'agit pas de la même guerre...

Mais qui a soulagé sa peine
Porté son bois porté les seaux
Offert une écharpe de laine
Le jour de la foire aux chevaux

Et qui a pris soin de son âme
Et l'a bercée dedans son lit
Qui l'a traitée comme une femme
Au moins une fois dans sa vie

Le bois que portait Louise
C'est le Bon Dieu qui le portait
Le froid dont souffrait Louise
C'est le Bon Dieu qui le souffrait

C'n'était qu'un homme des équipes
Du chantier des chemins de fer
À l'heure laissée aux domestiques
Elle le rejoignait près des barrières

Me voudras-tu moi qui sais coudre
Signer mon nom et puis compter,
L'homme à sa taille sur la route
Passait son bras, la promenait

L'amour qui tenait Louise
C'est le Bon Dieu qui le tenait
Le regard bleu sur Louise
C'est le Bon Dieu qui l'éclairait

Ils sont partis vaille que vaille
Mourir quatre ans dans les tranchées.
Et l'on raconte leurs batailles
Dans le salon après le thé

Les lettres qu'attendait Louise
C'est le Bon Dieu qui les portait
La guerre qui séparait Louise
C'est le Bon Dieu qui la voyait

Un soir d'hiver sous la charpente
Dans son lit cage elle a tué
L'amour tout au fond de son ventre
Par une aiguille à tricoter

Si je vous garde Louise en place
C'est en cuisine pas devant moi
Ma fille priez très fort pour que s'efface
Ce que l'curé m'a appris là

Et la honte que cachait Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a cachée
Le soldat qu'attendait Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a vu tomber

Y a cinquante ans c'était en France
Dans un village de l'Allier
On n'accordait pas d'importance
A une servante sans fiancé

Le deuil qu'a porté Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a porté
La vie qu'a travaillé Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a aidée